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Historique de l'épisode sur la Nouvelle-France
 



Montcalm


Montcalm était plus que fier de la participation de Bougainville lors de cette attaque.

" Vous ne pourriez croire les ressources que je trouve en lui. Il est en état de bien rendre ce qu’il voit. Il se présente de bonne grâce au coup de fusil, article sur lequel il a plus besoin d’être contenu que d’être excité. Ou je serai bien trompé ou il aura la tête bien militaire quand l’expérience lui aura fait entrevoir la possibilité de difficultés. En attendant, il n’y a guère de jeune homme qui, n’ayant eu que de la théorie, en sache autant que lui. "

En septembre 1756, Bougainville effectue une mission de reconnaissance des positions britanniques dans le secteur du lac Champlain pour contrer les attaques britanniques sur ordre de Vaudreuil. Le 7 août 1757, Bougainville se rend au fort William-Henry pour remettre un message de la part du général Webb au colonel George Monroe, qui refuse la capitulation. On hâte les travaux d’approche et l’artillerie anglaise est en partie démontée. Le 9 août, Monroe lève le drapeau blanc. Après les signatures échangées, Bougainville part donc, sur ordres, pour Montréal, porter la nouvelle du glorieux succès à Vaudreuil. Bougainville se retrouve mêlé dans les disputes qui ne cessent d’opposer Montcalm et Vaudreuil.
Ces deux hommes ont des conceptions bien différentes sur la façon de faire la guerre. Montcalm a des vues européennes tandis que Vaudreuil préfère les tactiques de guérilla. La stratégie européenne pousse de grandes armées à s’affronter et il faut bien calculer qui terrasse l’ennemi. Habituellement, les combats sont brefs et font nombreux morts et blessés. Ce style de guerre dit civilisé est aussi destructeur que les techniques guérillas des Indiens qui ne s’attaquent qu’à une fraction des groupes ennemis. Il faut dire que les stratégies européennes ne sont pas de mise au Canada. Bougainville a vite compris, ce qui le différencie de Montcalm, comment il convient de mener une guerre ici : adopter les méthodes des Indiens, s’exposer le moins possible, fuir les batailles rangées et harceler sans cesse l’ennemi par des embuscades.


Mouvement général de la campagne anglaise de 1758 à 1760



De son côté, Vaudreuil donne l’ordre aux Canadiens et Indiens de faire incursion chez l’ennemi. Ils attaquent donc une colonie d’immigrants allemands dans la vallée de la Mohawk. Les résultats sont : 60 habitations brûlées, 50 personnes tuées, 32 scalpées et 150 prisonniers. Non seulement Montcalm est en désaccord avec ses techniques, mais une autre objection se présente : la crainte des Européens d’adopter la sauvagerie du nouveau pays plutôt que leurs méthodes de gentleman.

Le témoignage le plus pénétrant de cette guerre se retrouve dans le journal de Bougainville, il y inscrit tout ce qu’il vit au Canada. Il se plonge dans la culture indienne mais conserve sa mentalité européenne. Il n’a qu’une piètre opinion des Indiens et écrit à leur sujet : " Leur âme est aussi noire que de la poix ". Bougainville se rend néanmoins compte qu’ils sont un mal nécessaire dans cette guerre, les Français ont besoin du savoir-faire des Indiens pour déceler une présence ennemie.
" Ils arrivent à détecter combien de gens sont passés, s’il s’agit d’Indiens ou d’Européens, si la piste est fraîche ou non, si les marcheurs sont en bonne santé ou malades, s’ils traînent des pieds ou s’ils sont pressés, s’ils se servent d’une canne pour avancer. Il est rare qu’ils se trompent. Ils peuvent suivre une piste sur 100, 200, voire 600 lieues avec une constance et une sûreté inouïes, ils ne se découragent ni ne s’égarent jamais. "
Bougainville déplore que la décision de faire la guerre demande de longues consultations avec les nations indiennes, ce que les Français considèrent comme étant une perte de temps. Les Indiens tuent parfois des colons français, ce qui ne plaît guère aux autorités. Bougainville craint une trop haute sauvagerie de leur part, mais il ne peut qu’essayer de composer avec eux. Un conseil est donné avec les Nipissings, les Algonquins et les Iroquois, Bougainville y assiste. Durant le conseil, chacun des chefs se lève pour chanter un chant de guerre et on implore Bougainville de le faire. Il suit alors le rythme de la musique en disant la phrase " Foulez aux pieds les Anglais " à répétition jusqu'à son épuisement. Lors d’une cérémonie tribale se déroulant le lendemain au soir, les Iroquois l’adoptent et le baptisent Garionatsigoa signifiant " Grand ciel en colère ".

Le 9 août, Montcalm s’empare du Fort William Henry, situé à la pointe sud du lac Champlain. Les techniques conventionnelles qu’il utilise lui permettent de remporter une victoire écrasante, avec ses 3 600 hommes, sur le major général James Abercromby et ses 15 000 soldats. Les Indiens croient que le butin de guerre leur revient et se mettent alors à massacrer les soldats anglais. Sur ce sujet, Bougainville écrit dans son journal :
" Le marquis de Montcalm s’élança en entendant le bruit. Plusieurs officiers français ont risqué leur vie en arrachant les Anglais des mains des Indiens. Finalement, le calme revint et le marquis de Montcalm reprit immédiatement, des mains des Indiens, 400 de ces malheureux hommes auxquels il fit donner des vêtements. "

Ce traitement est vu par les Britanniques comme un viol vis-à-vis les règles de la guerre, et, bien entendu, ils tiennent les Français pour responsables. Les conséquences de cet acte sont que les Britanniques refusent de respecter les conditions de capitulation déjà entendues entre les deux clans.
Dans les années 1757 et 1758, une grande famine couvre la Nouvelle-France, les habitants se retrouvent dans l’obligation d’aller jusqu'à manger leurs chevaux. Au mois d’avril 1757, la population voit sa maigre ration diminuée de nouveau et se réduire+ à deux onces de pain par jour. Un désespoir profond règne parmi les Canadiens.
Le 15 mai 1758, Montcalm note dans son journal : " La colonie est à deux doigts de sa perte" . Montcalm craint une attaque à Carillon et s’y rend.
Le 5 juillet, l’armée anglaise est en route et trois jours plus tard, ils attaquent. Bougainville se retrouve blessé dans cette bataille où il combat avec Montcalm et qui se termine par une terrible défaite pour les Britanniques. Les victoires françaises ne diminuent que peu la puissance de l’ennemi dont les menaces les plus dangereuses continuent à peser sur la colonie. Comme toujours, Vaudreuil et Montcalm ont des opinions divergentes sur les mesures à prendre pour les contrer.

Le 2 novembre 1758, Bougainville se rend en France à bord de la Victoire, pour y chercher du renfort, accompagné du major Michel-Jean-Hugues Péan. Il arrive à Versailles le 20 décembre. Bougainville plaide la cause de la Nouvelle-France à la cour du roi Louis XV, mais n’a pas grand succès. Il rencontre Nicolas-René Berryer, ministre français de la guerre et duc de Choiseul, et lui donne des mémoires au sujet du Canada. Les mémoires remis exposent les besoins de la colonie en hommes et en matériel. Monsieur Berryer reçoit Bougainville, certes, mais il ne fait pas honneur aux demandes faites. Il répond donc à Bougainville : " Quand le feu est à la maison, on ne s’occupe pas des écuries" . Bougainville se permet de rétorquer : "On ne dira pas, du moins, que vous parlez comme un cheval."

Bougainville est promu colonel et chevalier de Saint-Louis et repart de Bordeaux le 28 mars 1759 sur le Chézine. Entre temps, le 10 février, Berryer avait rédigé une lettre pour Vaudreuil et Montcalm disant qu’il envisageait la perte du Canada, mais il veut utiliser au maximum ses habitants. Bougainville revient à Québec le 10 mai 1759 accompagné de 20 navires comprenant seulement 400 hommes de recrues et quelques munitions de guerre. Son arrivée ranime le cœur de tout un peuple qui, pendant le cours d’un hiver des plus durs, a été réduit à un quarteron de pain et une demi-livre de cheval. En effet vingt navires de ravitaillement parviennent à Québec en même temps que le Chézine. La joie est éphémère car on s’aperçoit bien vite que les renforts amenés par Bougainville n’étaient réellement pas suffisants. La seule autre tentative des français pour l’envoi de renforts était par la frégate Le Machault, qui a tenté de se rendre à Québec par la Baie des Chaleurs. Ce chemin n'allant pas jusqu’à Québec, les renforts qu’escortaient le Machault se sont échoués à Ristigouche, en Gaspésie.

William Pitt



Le premier ministre anglais William Pitt est assuré que s’il ne gagne pas en Europe, il vaincra en Amérique du Nord. La première phase de son plan consiste à prendre Louisbourg, forteresse française défendant l’entrée du St-Laurent.

Ce site militaire est très important et c’est là que se retrouve la base d’entraînement de la marine française. La garnison de Louisbourg comprend, en 1758, 2400 hommes, 400 miliciens et 10 vaisseaux de guerre.

En cette même année, les Britanniques attaquent massivement la forteresse avec plus de 12 000 hommes et 39 vaisseaux. Le gouverneur de l’endroit, Augustin de Drucourt, sait que Louisbourg ne résistera pas à cette attaque. Le seul moyen de s’en sortir est de parvenir à retarder les vaisseaux anglais jusqu'à la mi-été car, à cause de la formation de glace, ils ne pourront pas continuer leur route en remontant le St-Laurent et attaquer Québec . Le siège dure depuis presque deux mois en juillet. La ville s’effondre et si les ennemis étaient capables de débarquer sur les parois rocheuses, aucune résistance ne pourrait être faite pour les empêcher d’entrer dans Louisbourg. Drucourt estime avoir fait tout son possible et écrit au général Jeffrey Amherst pour discuter de la capitulation le 26 juillet. Le peuple fait ressentir son mécontentement vis-à-vis Drucourt pour avoir imposé un siège aussi long avant, finalement, de se rendre et les soldats le méprisent. Louisbourg est la première victoire importante des Anglais en trois ans de combat. William Pitt désirerait remonter le fleuve et attaquer Québec à l’instant, mais Wolfe est déjà reparti en France pour y passer l’hiver.

Peu après son retour de l’Europe, Bougainville part avec Anne-Joseph-Hippolyte Maurès de Malartic, officier dans les troupes régulières françaises, reconnaître les positions à défendre autour de la ville de Québec et prend le commandement du camp de Beauport en juin 1759. Le 27 juin, les Britanniques débarquent à l’île d’Orléans, le 29 et le 30 à Pointe-Lévy et enfin le 9 juillet à Montmorency. Après le combat du 31 juillet, dans lequel les Britanniques attaquent le camp de Montmorency en vain, Bougainville, avec 500 hommes sous ses ordres, a été chargé de défendre les communications entre Québec et Montréal mais aussi d’assurer l’approvisionnement de la ville de Québec.

La nuit du 7 au 8 août, le brigadier Murray tente par deux fois d’atterrir, avec ses barges comptant 1 800 hommes, en face de Pointe-aux-Trembles mais Bougainville l’en empêche. Le munitionnaire Joseph-Michel Cadet informe Bougainville que des bateaux chargés de farine allaient descendre de Batiscan le 10 septembre et, il le prie de ne pas les attaquer mais de les protéger. Le 12 septembre, Cadet lui dit que le convoi devrait passer la nuit suivante, le 13 septembre. Malheureusement, Wolfe avait choisi d’attaquer la même nuit.
La nuit du 13 septembre, les Britanniques débarquent avec succès à l’anse au Foulon, qui était sous la surveillance de Louis Du Pont Duchambon de Vergor, officier dans les troupes de la Marine. L’armée ennemie surprend Montcalm, atterré de voir les ennemis prêts à combattre, et qui commet l’erreur de ne pas demander à Bougainville d’avancer et de prendre, entre deux troupes, James Wolfe, commandant de l’expédition britannique. Bougainville arrive vers 11 heures au champ de bataille avec ses troupes, mais malheureusement, tout est déjà terminé, il ne peut donc pas combattre sur les plaines d’Abraham. La mort des généraux Montcalm et Wolfe survient durant la bataille sur les plaines.

Le 18 septembre, Jean-Baptiste-Nicholas-Roch de Ramezay, commandant de la garnison de Québec, signe la capitulation de Québec.

Quand Bougainville reçoit la lettre lui annonçant cette nouvelle, il trouve que Ramezay s’était rendu trop tôt. Après la capitulation, Bougainville va à Québec pour négocier les échanges de prisonniers et pour régler le sort des malades et blessés demeurés à l’hôpital.

Au mois d’août de l’année suivante, Bougainville est à la tête des troupes, avec François-Charles de Bourlamaque, officier de l’armée française. M. de Vaudreuil les envoie vers Amherst avec des propositions pour la capitulation le 8 septembre. Bougainville est chargé de l’embarquement des troupes à Québec après la signature officielle des articles.
source : www2.ac-lille.fr

 
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