Dix ans après la tempête meurtrière de 99
| «Certaines parties basses du littoral pourront être envahies par les eaux sur toute la côte ». Le commentaire figure en bas du bulletin régional d'alerte- météo, émis le lundi 27 décembre 1999, à 10 heures du matin. Selon la procédure habituelle, ce bulletin est diffusé auprès des maires du littoral et des services de l'État. À la préfecture de Charente-Maritime, on en prend connaissance en temps et heure mais, outre que ce bulletin n'a rien de particulièrement alarmant - il annonce des rafales de vent comprises entre 90 et 120 km/h -, les esprits sont surtout préoccupés par la marée noire annoncée sur les côtes, consécutive à la catastrophe de l'« Erika ». |
17 heures : les vitres volent...À 17 heures, justement, ce même lundi, maires et parlementaires du département sont réunis à La Rochelle, autour du préfet Christian Leyrit, pour faire le point sur le plan Polmar. À la préfecture, dans un immeuble ancien situé non loin du Vieux-Port la grande salle de réunion est secouée par les rafales de vent, de plus en plus violent. Et soudain, toutes les vitres volent en éclats... Quinze minutes plus tard, un nouveau bulletin émis par Météo France précise que la dépression « s'accompagnera d'un vent violent de secteur ouest, avec des rafales de 110 à 130 km/h de l'intérieur, pouvant atteindre 150 km/h sur les zones côtières ». Et le téléphone commence à sonner... « La cellule de crise, fort heureusement opérationnelle pour le plan Polmar, est totalement submergée par les appels de toutes natures », se souvient Christian Leyrit (*), qui déclenche le plan Orsec à 22 heures. Les vitres brisées de la préfecture n'étaient qu'un avant-goût du cataclysme qui s'abat sur le département. |
238 km/h sur l'île d'Oléron
Jusqu'à 2 heures du matin, l'ouragan se déchaîne, semant le chaos sur son passage. En fait, le vent a soufflé à 150 km/h pendant plusieurs heures, avec des pointes à 210 sur le pont de l'île de Ré, et 238 à la pointe de l'île d'Oléron. Pendant qu'en certains endroits un raz de marée submergeait le littoral. En douze heures, les 27 et 28 décembre 1999, les sapeurs-pompiers du département ont effectué 20 % des interventions de toute une année. Au petit matin, toute la France a les yeux tournés vers les départements sinistrés du Sud-Ouest. En Charente-Maritime, la tempête, qu'on qualifiera de « tempête du siècle », a tué 13 personnes dans la nuit de lundi à mardi. Au final, on déplore 16 morts (dont un sapeur-pompier) et 120 blessés.
Matériellement parlant, c'est également un désastre : 8 500 abonnés sans téléphone, 95 % de la population sans électricité, et parfois sans eau. La circulation ferroviaire est interrompue, routes et autoroutes sont coupées, des milliers d'arbres sont à terre. Toitures éventrées, cheminées envolées, serres pulvérisées, parcs à huîtres dévastés. L'état de catastrophe naturelle est déclaré le 29 décembre.
Le plan Orsec ne sera levé qu'en février 2000.Et il faudra du temps, beaucoup de temps, pour panser les plaies.
(*) Aujourd'hui, préfet de Basse-Normandie.
source : SUD OUEST
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